Grandir dans le vide

Publié le par Zaza

Consignes d'écriture : Commencer par écrire un texte, majoritairement à l'impératif, puis au fur et à mesure intégrer au texte en respectant son contexte initial des verbes proposés par des personnes extérieures.

Attrape la barre ! Et n’aie pas peur ! Mais comment ça, tu as le vertige ? Tu veux descendre ? Non mais je rêve… Reste là-haut ! Concentre-toi ! Mais bon sang… ferme les yeux ! Comme ça au moins tu ne verras pas le vide. Alors, tu es prêt ? Cesse de trembler, puisque je te dis qu’il ne peut rien t’arriver ! Tu vois bien le filet ! Au pire, il te recueillera. C’est quand même fou, ça ! Tu réclames à cor et à cri de faire du trapèze et arrivé en haut, tu es pétrifié. Sois un homme enfin ! Tu as 7 ans ! Tu n’es plus un bébé. Le jonglage, ça va un temps, mais tu dois passer à plus sérieux. Tu y es ? Imagine-toi en train de voler ! Oublie les six mètres qui te séparent du sol ! Respire !
3, 2, 1… Saute !

Et ben voilà, tu l’as fait !! Maintenant lâche le trapèze et nettoie ton visage ! Tu es couvert de larmes ; ce n’était pourtant pas difficile. Je te jure, mon fils, tu vas m’achever ! Nous les Pimpolini, artistes de cirque de père en fils depuis 1732, jamais, jamais, nous n’avons eu de trouillards dans la famille. Et voilà que mon propre avorton a peur du vide ! Il manquerait plus qu’un de nos gars aille le clamer sur tous les toits. De quoi aurions-nous l’air ? Bientôt les écuyers, les dompteurs vont venir me taper dans le dos, avec un air goguenard. Faut pas rêver ! Ils ont tous vu que t’avais pleuré. Ne me regarde pas avec cet air lamentable ! Oui, c’est comme ça, ton père est furieux !

« Partage ta passion », qu’il disait l’ancêtre. Et ben, mon fils, je te le dis, t’es pas prêt d’assurer la relève ! Eh oui, c’est la vérité. Alors je sais pas, t’as qu’à te reconvertir, tiens ! Danse un peu … Ben oui, qui sait, le tutu, ça t’irait peut-être bien ! Penses-y ! Et pourquoi pas fonctionnaire, non plus ? Au moins, derrière ton petit bureau, t’aurais les pieds bien sur terre ! Je vois bien que tu ne partages rien de ce que je te dis. Comprends-tu seulement ? Mais réponds, nom d’un chien ! Depuis tout à l’heure, tu ne dis rien ! Oh et puis zut, voilà ta mère qui siffle. C’est déjà l’heure de dîner ?
Bon reprends-toi, sinon elle va encore dire que je t’ai brimé. Maintenant, écoute-moi, regarde-moi droit dans les yeux. Prends ta vie en main ! Tout ce que je te dis, c’est pour ton bien. Tu sais, petit, ton destin, il est tout écrit. Rappelle-toi que tu es un Pimpolini ! Jette un œil autour de toi, la piste, le chapiteau, aujourd’hui ils sont vides, mais demain le public sera là, applaudissant à tout rompre ! C’est ça notre monde ! « Ruisselez paillettes ! Tombez confettis ! »Tu connais ces mots ? Ce sont ceux de Monsieur Loyal, la devise de notre troupe !
Alors ne sanglote plus ! Rappelle-toi les trois impératifs du cirque : « Souffre en silence ; quand tu as peur, ne le montre pas ; ne craque jamais ! ». Julot, poursuis cette voie qui est la tienne !


Allez, retournons à la caravane. Donnons à ta mère l’impression que tout va bien. Tu veux bien ? N’envenimons pas la situation. Elle me trouve déjà  mauvais mari, manquerait plus qu’elle me trouve mauvais père ! Tiens, pour une fois, ce soir, on pourrait faire la fête après le repas, rassembler toute la troupe, et puis simplement chanter. Qu’en penses-tu fiston ? Oui, quelle bonne idée, je viens d’avoir là ! Divertissons-nous un peu. La journée fut rude. Rions, cela ne nous fera pas de mal ! Ah je vois enfin un sourire revenir sur ton visage. Tu es prêt ? Cette fois, allons dîner. Mais ne cours pas ! Je ne voudrais pas que tu tombes et que tu te casses le bras. Attends un instant, raccomodons-nous pour de bon. Sers-moi fort dans tes bras. Ah je te chatouille, je te chatouille. Ris, mon fils, ris !

 

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